Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort
De Sigmund Freud
Lu par Domi
Durée : 0 min
Genre : Essais
Description
Dans ces deux essais publiés en 1915, Freud étudie dans le premier la désillusion causée par la guerre.
« Entraînés dans le tourbillon de ce temps de guerre , insuffisamment renseignés, sans un recul suffisant pour porter un jugement sur les grands changements qui se sont déjà accomplis ou sont en voie de s’accomplir, sans échappée sur l’avenir que se prépare, nous sommes incapables de comprendre la signification exacte des impressions qui nous assaillent, de nous rendre compte de la valeur des jugements que nous formulons. Il nous semble que jamais un événement n’a détruit autant de patrimoine précieux, commun à l’humanité, n’a porté un tel trouble dans les intelligences les plus claires, n’a aussi profondément abaissé ce qui était élevé. » (Introduction )
[…]
« C’est là un mystère dont le sens m’échappe. On dirait qu’il suffit qu’un grand nombre, que des millions d’hommes se trouvent réunis, pour que toutes les acquisitions morales des individus qui les composent s’évanouissent aussitôt et qu’il ne reste à leur place que les attitudes psychiques les plus primitives, les plus anciennes, les plus brutales. Résultat profondément regrettable et qui s’atténuera peut-être à mesure que l’évolution poursuivra sa marche en avant. Nous croyons cependant qu’un peu plus de franchise et de sincérité dans les relations des hommes entre eux et dans les rapports entre les hommes et ceux qui les gouvernent serait de nature à frayer la voie à cette évolution. »
(Conclusion)
Le second essai est une réflexion sur la mort, sur l’attitude des « primitifs » et celle des « civilisés » qui se conclut par les mots :
« …étant donné que les guerres sont à peu près inévitables, ne ferions-nous pas bien de nous incliner devant cette situation et de nous y adapter? Ne ferions-nous pas bien de convenir que notre attitude à l’égard de la mort, telle qu’elle découle de notre vie civilisée, nous dépasse au point de vue psychologique et qu’il serait préférable pour nous de faire abstraction de cette attitude et de nous incliner devant la vérité? Ne ferions-nous pas bien d’assigner à la mort, dans la réalité et dans nos idées, la place qui lui convient et de prêter une attention un peu plus grande à notre attitude inconsciente à l’égard de la mort, à celle que nous nous sommes toujours si soigneusement appliqués à réprimer ? Ce ne serait pas un progrès que nous accomplirions ainsi, mais bien plutôt, sous certains rapports du moins, une régression, mais en nous résignant à celle-ci-nous aurions l’avantage d’être sincères avec nous-mêmes et de nous rendre de nouveau la vie supportable. En effet, rendre la vie supportable est le premier devoir du vivant. L’illusion perd toute sa valeur, lorsqu’elle est en opposition avec ce devoir.