De Jean-Jacques
De André Suarès
Lu par Domi
Durée : 0 min
Genre : Essais
Description
« Vieilli avant l’âge, sombre et naïf, méfiant et crédule, douloureux surtout, je le vois dans son costume arménien, sur un chemin fleuri, à l’entrée d’un village. Les enfants se moquent de lui, et les passants haussent les épaules. Il porte le caftan et la robe noire, avec une ceinture. Sur sa tête ronde et forte, il a le bonnet persan ; la coiffe fourrée et pointue du derviche affaisse encore le front triste, sous les cheveux noirs, çà et là frangés d’argent, et donne un air de nécromant au visage taciturne. Il a répudié la perruque et la poudre. Il est bizarre et craintif, bourru et doux. Je vois son teint brun, sa figure pleine et grêlée, sa peau tannée par les voyages à pied, et cuite par les nuits à la belle » […]
« Jean-Jacques ne ment pas. Même dans le mensonge, c’est la vérité qu’il veut dire ; c’est elle qu’il préfère, elle qu’il cherche avec folie. Il croit à la vérité, comme un enfant : sa vérité, non pas la vôtre. Et je ne comparerai pas l’une à l’autre, même pour rire. Je vais jusque là : même s’il ment, c’est la vérité qu’il veut servir. »